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La Presse [ article en format pdf ] Un féminisme dépassé Dans quelques décennies, l'insistance de nos sociétés à séparer les sexes apparaîtra aussi primitive que le racisme nous paraît aujourd'hui Fol, Catherine SAMEDI DERNIER, ma matinée bien entamée, j'entends madame Lise Payette à la radio. Tout de suite je suis curieuse, voilà longtemps que je n'ai pas écouté cette femme remarquable, qui s'exprime si bien, qui a tant d'expérience. Elle parle de féminisme, un sujet auquel elle s'est toujours intéressé. Madame Payette répond aux questions avec
intelligence. Oui, les femmes au Québec sont en avance sur celles
des autres pays, il faut le reconnaître mais attention, rien n'est
jamais acquis. Non, les hommes ne devraient pas s'inquiéter de
la place de plus en plus forte des femmes à l'université
et dans les grands secteurs d'activité publique, après tout
c'est encore un Stéphan Bureau qui anime le téléjournal
en semaine et pas une Michaëlle Jean. Sur les garçons qui ont des difficultés à l'école: "... les garçons ont surtout besoin de travailler (...) Quand on avait des écoles séparées, on pensait que les garçons étaient meilleurs que nous. C'est nous qui avions le complexe d'infériorité (...) Les garçons s'ils travaillaient, ils réussiraient aussi bien que les filles. Et puis ne me parlez pas de leurs hormones et tout ça." Comment régler le mal-être des garçons? "Bien qu'ils en parlent à leur père. Ils ont quand même des pères ces enfants-là! Même si les femmes sont seules. Il y a des gars autour, que les gars s'en occupent." Sur la question des hommes qui se sentent perdus: "Bien c'est très bien, qu'ils se cherchent, ils vont se trouver. C'est pas à nous de les trouver. Qu'ils la fassent la démarche. On l'a faite nous..." Et de plonger dans les souvenirs: "Moi, j'ai fait du latin, j'ai pas fait de grec parce qu'on disait que le grec pour les filles c'était trop compliqué.". Et de poursuivre sur les femmes qui ont assez souffert du sexisme des hommes et sur les hommes qui n'ont qu'à se prendre en main. "Ne me faites pas pleurer, ça ne marche pas", conclut-elle. On ne pleure pas quand on a le coeur sec. On voit des camps qui s'affrontent, des guerres de pouvoir, de clans, de territoire, là où d'autres ne voient que des humains, une multitude d'humains qui tentent de vivre ensemble. Quand on a le coeur sec on ne rejoint par nos paroles que nos semblables, ceux qui n'ont plus de larmes. C'est dommage, car on peut aussi avoir raison, même avec un coeur sec. Mais à quoi sert une bonne parole si elle est dite avec amertume? Ferré chantait: "Avec le temps on n'aime
plus". Est-ce vrai pour tous? Est-ce qu'on finit tous par se foutre
des autres, de l'autre? Ceux qui n'aiment plus, qui n'écoutent
plus, qui ne voient plus l'autre qui souffre à leur côté,
ceux-là ne devraient-ils pas se retirer humblement de la place
publique? Comme tant d'autres, je ne me reconnais pas dans le "nous" que les féministes utilisent. Pour moi, le "nous" comprend autant d'hommes que de femmes, il est affaire d'humanisme plus que de féminisme. Il perçoit les différences entre les sexes comme une diversité et une source d'enrichissement avant d'être source de confrontation. Je suis convaincue que, dans quelques décennies, l'insistance de nos sociétés à séparer les sexes apparaîtra aussi primitive que le racisme nous paraît aujourd'hui. C'est dans cette direction-là que les jeunes veulent aller. SVP, qu'on les encourage à construire un monde meilleur, un monde uni, et qu'on fasse taire ceux qui ne portent en eux que les séquelles d'un passé malheureux. L'auteure est cinéaste. Illustration(s) : Lise Payette [ Retour ] |
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